
Outil de création et de recherche pour l’art actuel, l’IAC développe, in situ (1200 m²), une activité d’expositions et de rencontres combinée à la constitution d’une collection d’œuvres (1900 œuvres) au rayonnement international. Dans un espace à chaque fois renouvelé, l’IAC produit trois périodes d’expositions annuelles. L’exposition personnelle, exercice au plus proche de l’artiste et de la création, s’impose à l’IAC comme un principe matriciel : Jef Geys (2007), Michel François, Matt Mullican (2010), Joachim Koester (2011), Manfred Pernice (2013), Guillaume Leblon (2014), Jason Dodge (2016), Ann Veronica Janssens, Maria Loboda (2017), Katinka Bock (2018), Daniel Steegmann Mangrané (2019)…
Dans le prolongement de ses activités in situ, l’IAC développe de nombreux projets ex situ tant au niveau international et national que sur l’ensemble de la région Auvergne-Rhône-Alpes, d’une part avec la diffusion de sa collection, d’autre part avec la promotion de la jeune création (dispositifs Jeune création internationale / Biennale de Lyon et Galeries Nomades).

Rachida Dati, ministre de la Culture, en plein accord avec Fabrice Pannekoucke, président du Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, Cédric Van Styvendael, maire de Villeurbanne et Gilles Blanckaert, président de l’Institut d’Art Contemporain, a donné son agrément à la nomination d’Isabelle Reiher à la direction de l’Institut d’Art Contemporain (IAC) – Fonds régional d’art contemporain (FRAC) Rhône-Alpes sur la proposition unanime du jury réuni le 14 octobre 2025.
Après une formation en droit et en muséologie à l’Université de Montréal puis une formation en histoire de l’art à l’Université Paris I – Panthéon Sorbonne, Isabelle Reiher a été chargée des arts visuels à la direction de la culture et du patrimoine du Conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur. Elle a ensuite occupé le poste de directrice adjointe au Parc Saint-Léger, centre d’art contemporain de Pougues-les-Eaux et a assuré la direction du Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques – CIRVA à Marseille.
Isabelle Reiher est, depuis 2019, directrice du Centre de Création Contemporaine Olivier Debré à Tours, où elle a notamment pu valoriser l’œuvre du peintre Olivier Debré, mettre en place un réseau de collaborations culturelles en France et à l’étranger pour la coproduction et l’itinérance des expositions, et pour lequel elle a porté le projet de labellisation « Centre d’art contemporain d’intérêt national » (CACIN) en 2022.
Le projet d’Isabelle Reiher intitulé « l’Institut d’art contemporain / FRAC Rhône-Alpes : artisan de la relation, témoin du temps présent » s’inscrit dans le cadre historique de l’IAC et réinterprète l’identité du lieu. Les enjeux relatifs à la collection, au cœur des attendus du label, et la coopération territoriale avec le FRAC Auvergne sont au centre de son projet et offrent de belles perspectives pour l’Institut d’Art Contemporain.
Isabelle Reiher succède à Nathalie Ergino, qui était à la tête de l’Institut d’Art Contemporain de 2006 à 2024.

Un monde refait surface, fragment après fragment, au rythme lent de formes en recomposition. Pour sa plus vaste exposition à ce jour, Josèfa Ntjam transforme les 1200 m² de l’Institut d’art contemporain et les vitrines de la station de métro Gare Part-Dieu en dérive sensorielle, politique et mythologique. Un territoire où tout vacille : textures, voix, mémoires. Ici, la forme suit la faille, et la légende, le battement d’un cœur souterrain.
Le titre, INTRICATIONS, vient de la physique quantique. Il dit cela : que deux particules, même séparées par des années-lumière, peuvent continuer à vibrer ensemble. C’est ce lien tissé entre des choses que tout semblait séparer – la peau et le métal, la révolte et la plante, le cri et la comète – qui irrigue toute la traversée de l’exposition.
On y entre comme dans une forêt d’images, un seuil de matière, dense, presque impénétrable. Marthe Ekemeyong Moumié, Élisabeth Djouka, Mafory Bangoura s’y tiennent en veille, gardiennes des récits qui vont nous être racontés. Dans leur sillage, Persona, entité mouvante, incarnée sans être assignée, est traversée de voix, de corps et de données. Elle ne parle jamais depuis un « je » unique, mais depuis un réseau : celui des mémoires noires, des lignées matriarcales, des identités queer, des histoires occultées. Sa voix est diffractée, dédoublée, comme pour signifier que toute prise de parole depuis la marge est toujours stratifiée. Dans son passage, elle creuse le lit du récit historique, laisse couler les mythes, les héritages, les possibles.
Les spiritualités liées aux éléments, les cosmogonies dogon, fang, bassa, les récits nés dans l’exil… tout cela ne s’additionne pas : ils se répondent et se frottent pour produire des images nouvelles, des êtres en fuite. Car c’est bien d’une mythologie de la fuite qu’il s’agit. Pas comme abandon, mais comme stratégie, comme science de l’échappée et du déplacement. Ce tissage appelle une autre carte, un autre sol : celui du vivant, non comme décor, mais comme allié. Les figures qu’invoque Josèfa Ntjam – les mycéliums, les hydres, les coraux – ne sont pas des ornements. Elles sont langage. Elles manifestent une force discrète : celle de construire dans l’ombre en se régénérant sans fin. Le vivant, ici, est résistance. Il relie et infiltre, il soutient.
INTRICATIONS s’éprouve comme une fiction en expansion. Pour la composer, Josèfa Ntjam s’arme de tout : du carton et de la biorésine, des moteurs de jeux vidéo et de l’intelligence artificielle, du sable, du métal, des chants. Elle expérimente. Elle mêle. Elle assemble comme on invente des mondes. Les technologies deviennent organes, les matériaux des messagers, et les installations, des corps en mutation.
Autour, le cosmos résonne. Ce n’est pas un décor mais une archive à ciel ouvert, un espace pour y loger les voix que l’histoire a jetées hors-champ. En son cœur : une installation sonore, première du type pour l’artiste, pensée spécialement pour l’IAC. Centre de gravité sensible, elle agit comme un cœur battant, une chambre d’échos qui absorbe et redistribue les vibrations du parcours
Dans INTRICATIONS, la fiction est vivante. Elle n’éclaire pas, elle murmure, elle tord, elle entraîne. Et peut-être, avec elle, notre regard commence-t-il, lui aussi, à se recomposer. Josèfa Ntjam s’inscrit dans la lignée de celles et ceux qui pensent avec la fiction, non pour fuir le réel, mais pour en révéler les plis invisibles. Avec Sun Ra, Octavia Butler, Drexciya ou Kodwo Eshun, elle rêve – oui – mais rêve avec les dents, avec les racines, avec la mer.
Chiara Camoni,
Grande Sorella #02, 2018
Enveloppes de chataîgner, 220 x 50 x 10 cm
Achat à la Galleria SpazioA (Italie)
Collection IAC, Villeurbanne/Rhône-Alpes

INSTITUT D'ART CONTEMPORAIN
11 rue Docteur Dolard
69100 Villeurbanne - France
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T. +33 (0)4 78 03 47 00